On l’appelle la Guillotine. Dans les salons feutrés de la Place Vendôme, Alix Bellefond tranche net les contrats qui menacent l’image immaculée de la Maison Verlaine. Quand un scandale éclate autour de Yunho, star coréenne d’Unmasked, quinze millions d’euros et sa promotion se jouent sur un vol Paris–Séoul.
Trois semaines à Séoul pour décider: sauver l’icône ou couper la tête du partenariat. Mais derrière les flashs à 4 h du matin, une femme à capuche, une alliance… et un silence obstiné. Yunho refuse de se défendre. Alix, elle, reconnaît ce regard — celui de ceux qui jouent un rôle trop longtemps.
Entre répétitions sous néons, couloirs d’agence et appartements-hôtels où rien ne vous appartient, la vérité se fraie un chemin: parfois, protéger quelqu’un coûte plus cher qu’un contrat. Et parfois, l’audace n’est pas de séduire le monde, mais d’ôter son masque.
À Séoul, l’évaluation d’image devient un face-à-face dangereux avec le passé. Et si le vrai risque n’était pas de rompre un contrat, mais de céder — enfin — à ce que l’on refuse de sentir?
Un gros coup de coeur !
Un énorme coup de cœur pour cette romance signée Cathy Mahon 💕
On est plongé en plein cœur de l’histoire dès les premières lignes, avec une femme badass comme on les aime. J’ai tout de suite accroché avec Alix !
Une vraie guillotine ✨ L’écriture est très prenante, malgré quelques petites coquilles qui ne m’ont pas vraiment dérangé. L’intrigue est captivante, le style de l’autrice est réellement accrocheur et addictif à lire ! On retrouve une bonne touche d’émotion dans cette romance, qui m’a particulièrement touché pour le coup. Surtout du côté de Yunho avec tous les sacrifices qu’il fait 💕 On retrouve également une bonne touche d’humour grâce aux personnages secondaires du groupe, ça vient casser l’atmosphère pesante de la situation. C’était très amusant à lire 🤣 Les relations sont bien développées, surtout entre les membres d’Unmasked, c’était réellement touchant à lire, ils le soutenaient même sans avoir aucune explication. Le meilleur personnage reste quand même Édith, notre petite boule de poil adorée. ✨ Je me suis beaucoup attaché aux personnages, donc un peu plus de chapitres auraient été vraiment super même si je ne suis pas objective 🤣 J’aurais bien aimé par contre voir plus de passages avec le groupe au complet, notamment pour la fin. Ça aurait été vraiment super. Mais, cela reste un gros coup de cœur 💕
J’aimerais beaucoup voir l’histoire des autres membres du groupe, surtout Raul et Wook ✨
Extrait – Chapitre 1
La fille en face de moi pleure.
C’est toujours le moment que je préfère. Non pas les larmes — je ne suis pas sadique — mais cette seconde précise où le masque tombe. Où la personne en face comprend que le charme, les followers, les stories sponsorisées ne pèsent rien face à une clause de moralité bien rédigée.
— Vous ne pouvez pas faire ça, sanglote Élodie Marchetti, vingt-trois ans, deux millions d’abonnés, un contrat Verlaine qui vient de partir en fumée. J’ai fait UNE story en état d’ébriété. Une seule.
Je fais glisser mon regard vers la tablette posée entre nous. L’écran affiche une capture d’écran où Élodie, couronne de fleurs de travers et flûte de champagne à la main, déclare à ses fans que « les diamants Verlaine, c’est surfait, mais bon, ils paient bien ». Deux millions de vues avant suppression. Le community manager de la maison a failli faire un AVC.
— Une story, dis-je. Deux millions de vues. Et une atteinte directe à l’image de la maison que vous étiez contractuellement tenue de représenter avec, je cite, « élégance, dignité et discernement ».
— Mais j’étais à l’enterrement de vie de jeune fille de ma meilleure amie !
— L’article 7.3 ne prévoit pas d’exception pour les événements festifs.
Élodie me fixe comme si j’avais personnellement piétiné son chihuahua. Je connais ce regard. Je le collecte depuis trois ans, depuis que j’ai hérité du surnom qui me colle à la peau dans les couloirs de la Place Vendôme.
La Guillotine.
Sobre. Efficace. Et contrairement à l’originale, je ne laisse pas de sang sur le parquet.
— Maison Verlaine vous remercie pour votre collaboration, dis-je en refermant le dossier. Votre solde de tout compte sera versé sous quinze jours. Maître Fontaine vous raccompagne.
L’avocate de la maison, une femme en tailleur gris qui n’a pas prononcé trois mots de tout l’entretien, se lève avec un sourire professionnel. Élodie ramasse son sac — Chanel, petite joueuse — et me lance un dernier regard assassin avant de sortir.
La porte se referme.
Je m’autorise trois secondes de satisfaction. Pas plus. L’orgueil est un luxe que je ne peux pas me permettre, pas après ce qui s’est passé avec Damien. Trois ans, et je sens encore le fantôme de cette humiliation me frôler la nuque chaque fois que je m’installe dans ce fauteuil.
Je sors mon carnet de mon sac et note :
« Dossier Marchetti — clos. Durée du partenariat : 4 mois. Motif de rupture : manquement à l’obligation de représentation. Note personnelle : les influenceuses lifestyle sous-estiment systématiquement la portée juridique du mot “dignité”. »
Je range le carnet au moment où la porte s’ouvre à nouveau.
Hugo Sarrat entre sans frapper. Directeur marketing de Verlaine Paris, supérieur hiérarchique, et accessoirement l’homme qui m’a sauvé la mise quand le scandale Damien a failli m’engloutir. Il a cette démarche caractéristique des gens qui transportent des mauvaises nouvelles — rapide, légèrement voûtée, comme pour amortir le choc à l’avance.
— Tu as deux minutes ?
Il ferme la porte derrière lui. Mauvais signe. Hugo laisse toujours la porte ouverte, question de « management transparent ». S’il la ferme, c’est que quelqu’un, quelque part, a fait quelque chose de suffisamment catastrophique pour mériter la confidentialité.
Il pose un dossier sur mon bureau et se laisse tomber dans le fauteuil qu’Élodie vient de quitter.
J’ouvre le dossier et découvre un portrait.
Un homme. Asiatique. Regard sombre sous une frange savamment désordonnée. Mâchoire ciselée qui ferait pleurer un sculpteur de la Renaissance.
— Yunho, vocaliste du groupe coréen Unmasked. Contrat signé il y a trois semaines. Quinze millions d’euros sur trois ans. Et depuis quarante-huit heures, le cauchemar absolu des relations publiques.
Il se penche vers mon bureau et tourne les pages du dossier. Les photos me sautent au visage.
4 h 17 du matin, selon le timestamp. Quelque part dans une rue, dans la lumière blafarde d’un réverbère. Je reconnais Yunho — impossible de ne pas le reconnaître, même en costume froissé, cravate défaite. À côté de lui, une silhouette féminine. Capuche relevée, main levée pour se protéger des flashs. Son visage est invisible, mais on distingue clairement son autre main, celle qui s’agrippe au bras de Yunho.
Une main avec une alliance.
« L’idol scandaleux : Yunho photographié à 4 h du matin avec une femme mariée »
« Unmasked dans la tourmente : le retour raté de Yunho après l’armée »
« Qui est la femme mystérieuse ? Les fans mènent l’enquête »
« Verlaine va-t-elle rompre son contrat avec l’idol infidèle ? »
— Il vient de terminer dix-huit mois de service militaire, précise Hugo. Retour à la vie civile il y a quatre semaines. Le contrat avec nous était censé marquer son grand retour. La campagne devait être lancée le mois prochain.
— Devait ?
— La direction a tout gelé. Pas de campagne, pas d’événement, rien tant qu’on n’a pas évalué les dégâts.
Je feuillette le reste du dossier. Coupures de presse. Analyses de sentiment sur les réseaux sociaux. Rapports de l’agence coréenne. Tout un écosystème en panique.
— Qu’est-ce qu’on sait exactement ?
— Rien de plus que les photos. Il refuse de s’expliquer publiquement. L’agence est furieuse. Les fans sont divisés — une partie le défend, une autre réclame sa tête. Et nous, on a investi quinze millions dans un homme dont le visage est actuellement synonyme de scandale dans toute l’Asie.
Je m’arrête sur une photo en particulier. Un portrait officiel, cette fois. Yunho en costume sombre, éclairage travaillé, regard caméra. Le genre de cliché qu’on met sur les affiches de dix mètres dans les aéroports.
Quelque chose me frappe.
Ses yeux.
Il y a une dissonance. La pose est parfaite, l’image calibrée au millimètre, mais ses yeux… On dirait qu’ils regardent ailleurs. À travers l’objectif. Comme s’il y avait quelqu’un d’autre, derrière le masque.
Je connais ce regard. Je l’ai vu sur mon père, chaque fois qu’il jouait pour des gens qu’il méprisait. Je l’ai vu sur Damien, juste avant qu’il me poignarde dans le dos avec le sourire.
Le regard de quelqu’un qui joue un rôle.
— Alix ?
Je relève la tête. Hugo m’observe avec cette expression prudente qu’il réserve aux moments délicats.
— La direction veut une évaluation terrain, dit-il. Trois semaines à Séoul.
— Et c’est moi qui m’y colle.
Ce n’est pas une question. Je sais déjà pourquoi je suis là. La Guillotine ne rate jamais sa cible.
Hugo acquiesce.
— Tu observes., tu analyses et tu rends ton verdict : on maintien le contrat, ou on annule tout. Et si tu te débrouilles bien, je pourrai enfin te remettre sur la liste pour cette promotion…
Le poste de directrice. Celui qui m’échappe depuis deux ans. La consécration.
— Et si j’échoue ?
— On aura perdu quinze millions d’euros et la crédibilité de notre expansion asiatique.
Et ma dernière chance dans cette boite.
Je baisse le regard sur le dossier et le portrait de yunho. Ces yeux qui ne collent pas avec le reste.
— Qui est le manager du groupe ? Je vais avoir besoin d’un contact direct.
— Min-ji Kang. J’ai déjà échangé quelques mails avec elle pour coordonner. Elle a l’air… tendue. Compétente, mais tendue. Je vais devoir la gérer à distance pour qu’elle te laisse bosser sur place.
Je hausse un sourcil. Hugo est un cœur d’artichaud.
— Mon vol ?
— Ce soir. L’agence t’a réservé un appartement dans une résidence où ils logent leurs invités. Yunho habite dans le même immeuble. Quelques étages au-dessus.
— Pratique.
— C’est le but.
Il se lève, lisse sa veste, hésite une seconde.
— Alix. Ce type… Fais attention.
— À quoi ?
— À ne pas le sous-estimer. Ou le surestimer. Tu sais comment ces situations peuvent déraper.
Damien.
Hugo ne prononce pas le nom, mais il flotte entre nous comme une odeur de brûlé.
— Je ne fais plus ce genre d’erreur, dis-je.
Hugo hoche la tête et sort.
Je reste seule avec le dossier. Les photos. Ces yeux.
J’ouvre mon carnet sur une page vierge.
« Dossier Yunho — Évaluation de terrain. Durée : 3 semaines. Enjeu : 15 M€ + poste de directrice. Premières observations : image publique “bad boy”. Scandale récent non expliqué. Refuse de se défendre. »
J’hésite une seconde. Puis j’ajoute, presque malgré moi :
« À surveiller : les yeux. »
***
Trois heures plus tard, ma valise est ouverte sur mon lit. Vêtements neutres, professionnels. Tailleurs, chemisiers, collants chauds – il parait qu’il fait frais à Séoul en cette saison. J’ajoute deux robes de soirée au cas où.
Sur l’écran de mon téléphone, un hibou vert me fixe avec un enthousiasme que je trouve légèrement menaçant.
« Prête à apprendre le coréen ? »
Pas vraiment, non.
Mais je tape quand même sur « Commencer ». Parce que je refuse d’arriver quelque part sans un minimum de préparation. Parce que comprendre, même mal, c’est toujours mieux que dépendre entièrement des autres.
« Leçon 1 : Les salutations. »
« Annyeonghaseyo » me nargue depuis l’écran.
Je répète. Ma prononciation est atroce. Le hibou refuse de croire que j’ai prononcé le bon mot.
Plus loin sur le lit, le dossier Yunho est ouvert. La photo officielle me regarde.
« Trois semaines, je pense. Trois semaines pour comprendre si tu as fait une erreur, ou si tu es l’erreur. »
Mon père était la deuxième catégorie. Damien aussi.
Les artistes sont tous les mêmes.
