
- Publisher: Allure
- Edition: Source
- Available in: Ebook, broché
- ISBN: 979-10-95394-88-4
Il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Horatio, qu’il n’en est rêvé dans votre philosophie.
(Hamlet, traduction de François-Victor Hugo)
Découvrez le nouveau roman Paris des Limbes dans son édition « Source », avec cette couverture exclusive, disponible uniquement sur mon site et en salons.
Faustine Bataille a toujours vécu entre deux mondes : la rigueur scientifique de sa formation psychiatrique, et les croyances créoles de son enfance martiniquaise. Un équilibre qu’elle croyait maîtriser jusqu’à ce qu’une ombre aux yeux de braise fasse basculer sa vie.
De l’île Saint-Louis aux ruelles de la Butte-aux-Cailles, la jeune psychiatre découvre un Paris peuplé de créatures impossibles et de protections occultes.
Accompagnée d’alliés inattendus, Faustine devra choisir : rester fidèle à sa rationalité ou embrasser son héritage spirituel pour affronter l’Énigme des Ombres.
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Extrait – Chapitre 1 – L’ombre aux yeux de braise
Dire que cette affaire me met mal à l’aise serait le pire des euphémismes.
Je suis un être rationnel. Passionnément rationnel, pourrait-on dire. Mais les événements auxquels j’ai été mêlée ces derniers jours mettent la raison au défi.
Tout a commencé une fin d’après-midi d’automne, dans notre cabinet parisien.
Quelques minutes avant 18 heures, je raccompagnais à la porte mon dernier patient de la journée. La lumière filtrait sous la porte de l’autre bureau, celui qu’occupait mon associé et mentor, le docteur Alain Jaubert. Alors que je ne suis qu’au début de ma carrière de psychiatre, Jaubert exerçait depuis si longtemps que sa patientèle était bien plus vaste que la mienne. Aussi était-il courant pour moi de quitter le cabinet alors que lui travaillait encore.
Je refermai la porte et retournai à mon bureau pour mettre de l’ordre dans mes notes de session. La pluie frappait contre la fenêtre, et la perspective d’affronter la circulation parisienne sur mon scooter ne me tentait pas spécialement.
Sur mon bureau, l’écran de mon téléphone s’alluma. Nouveau message dans le groupe « Divas ».
Dorian : « Mesdames, vous vous souvenez que nous avons un rendez-vous ce soir ? »
Je rédigeai une réponse rapide.
« Je range mes dossiers et j’arrive. »
Dorian : « Encore au boulot ? Tu sais qu’on est samedi… Je nous ai commandé un Sauvignon pour la dégustation de ce soir. Il paraît qu’il sent le buis, l’herbe et parfois le pipi de chat ! »
Mai : « ça donne envie… Je vais peut-être me faire porter pâle cette semaine. »
J’entendis la porte du bureau de Jaubert s’ouvrir, bientôt suivie de celle du cabinet. Quelques paroles incompréhensibles, étouffées par l’isolation phonique.
Jaubert a fini sa journée. Il se fait tard.
Je n’avais pas spécialement envie de goûter le pipi de chat, mais la soirée œnologie du samedi avec mes deux meilleur⋅es ami⋅es était une tradition depuis nos années de fac de médecine, un moyen d’évacuer le stress en fous rires autour d’un verre.
Je refermai les dossiers, éteignis la lampe et verrouillai derrière moi.
J’avais l’intention de prévenir Jaubert de mon départ, mais l’affichette accrochée à sa porte m’arrêta en plein geste.
« En consultation. »
Étrange.
Avait-il déjà reçu un nouveau patient, ou avait-il oublié de retourner la pancarte ?
J’hésitais encore quand un hurlement me glaça le sang. Le bruit provenait de l’intérieur du bureau. C’était un cri de terreur pure, et si la voix était déformée, il ne faisait aucun doute dans mon esprit qu’il s’agissait de celle de Jaubert. J’ouvris la porte à la volée, et le spectacle que je découvris me paralysa.
Depuis le seuil, je voyais le bureau de profil. Le fauteuil s’était renversé, et le docteur avait basculé avec. Penchée au-dessus de lui, une masse sombre et menaçante. Mon esprit refusait de la qualifier plus précisément. Sous mes yeux, la forme fondit sur Jaubert, dont le hurlement s’interrompit net. Dans le silence qui suivit, l’ombre se redressa lentement et tourna vers moi, deux yeux rouges comme des braises au milieu de la nuit. La chose me considéra un instant puis sembla se désintéresser. Elle attrapa la lourde lampe de bureau et la jeta contre la fenêtre. Le bruit du verre brisé me fit sursauter et, de peur, je fermai les yeux. Quand je les rouvris, la chose avait disparu.
Des alarmes de voitures se déclenchèrent en série dans la rue, me tirant enfin de ma stupeur. Je m’élançai vers la forme inerte de mon mentor.
Je pris son pouls et n’en trouvai pas.
Alors que je tendais la main vers le téléphone, je coulai un regard vers la fenêtre. Le vent qui passait par le carreau brisé agitait le rideau, et la pluie commençait à tremper le parquet.
J’appelai les secours et entamai un massage cardiaque.