
- Publisher: Allure
- Edition: Relié collector
- Available in: Relié collector
- ISBN: 979-10-95394-86-0
Et si le sous-marin de Vingt Mille Lieues sous les Mers naviguait toujours, à la recherche de trésors magiques?
Et si une bibliothécaire veillait depuis 15 siècles sur les ruines englouties de la bibliothèque d’Alexandrie?
Et si un équipage de fae devait affronter un commando de la marine française?
Tout ça et plus encore, c’est dans cette édition de luxe (reliée-dorée-jaspée avec des illustrations couleurs).
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Extrait: chapitre 6 – La mission
Les coursives du Nautilus étaient étroites, encombrées, et chichement éclairées. Des tuyaux en laiton couraient au plafond, et Antonia devait régulièrement lever les pieds pour passer les seuils surélevés de portes qu’elle supposait étanches.
Les poings serrés, elle se concentrait pour maintenir en respect la crise de panique qu’elle sentait poindre.
Une boîte en métal…
Devant elle, la navigatrice au chapeau de souris — Lark — se faufilait d’un pas sûr. En tête de cortège, Freya s’improvisait guide chaque fois qu’elles dépassaient une porte latérale.
— Le poste de pilotage est à l’arrière, juste avant la salle des machines. Ça c’est la cambuse. Avant c’était la salle de bain de l’équipage, mais la capitaine a fait des réaménagements…
Elle s’arrêta devant une porte semblable aux autres, fit tourner le volant pour la déverrouiller et s’effaça pour laisser passer Antonia.
Le poste de pilotage du Nautilus était une pièce vaste et encombrée. De chaque côté, de larges hublots — presque des baies vitrées — laissaient entrer la lumière du jour par leur partie émergée, et permettaient de voir sous les vagues.
Au centre, un immense tuyau vertical de laiton finement ciselé descendait du plafond — le périscope, supposa Antonia.
Elle enjamba le seuil et avança dans la pièce.
Sous le périscope était disposée une immense console de bois poli constellée de dizaines de cadrans, manettes et boutons. Un énorme volant en acajou dominait l’ensemble.
Devant la console, trois fauteuils rembourrés de velours vert.
Dans un coin, une horloge à pendule rythmait le temps de son tic-tac régulier. Dans l’autre, un gramophone au large pavillon, pour l’instant silencieux, veillait sur une grande table couverte de cartes marines.
Au sol, des plaques de verre incrustées dans le parquet ancien dévoilaient les entrailles du vaisseau — pistons luisants et roues dentées qui activaient la mystérieuse machinerie du Nautilus.
— Le siège de la capitaine…
Freya fit tourner le plus grand des fauteuils, qui était monté sur pivot et, à y regarder de plus près, boulonné au plancher.
L’esprit d’Antonia se figea. Son souffle se coinça dans sa gorge et un vertige la saisit.
Le siège de Durga. Pouvait-elle en faire le sien ?
Évidemment. Sans quoi elle ne t’aurait pas choisie.
— J’ai calculé notre itinéraire, intervint Lark de sa voix aiguë. Six jours à destination.
Antonia s’arracha à ses pensées et se tourna vers la petite fae et son étrange chapeau.
— Quelle destination ?
— Nous avons reçu notre prochaine mission, expliqua Freya.
La femme brune se pencha sur la console pour examiner un cadran.
— Les batteries sont pleines, annonça-t-elle. Nous n’attendons que votre ordre.
— Quelle mission ?
Au téléphone, le notaire avait évoqué un commanditaire qui finançait les expéditions du Nautilus. Un conglomérat, une alliance ou quelque chose du genre. Il n’avait pas été très clair sur les missions en question. Si Antonia se fiait aux histoires dont Durga avait bercé son enfance, il s’agissait d’exploration des fonds marins et de recherches archéologiques.
— Le livre de Thot, annonça Freya.
Antonia fouilla sa mémoire. L’Afrique de l’Ouest était sa région de prédilection, mais elle avait quelques restes d’Égyptologie.
— Thot est le dieu de l’écriture… Les Égyptiens lui attribuaient tous les livres et une bonne partie de leurs listes de courses. Quel ouvrage est-on supposées trouver ?
— Celui qui est enterré là, intervint Lark.
Juchée sur un marchepied pour atteindre la table, elle pointait un doigt sur une carte. Antonia approcha.
La carte représentait les fonds marins en dégradés de bleu et les terres en jaune et vert. Elle se pencha pour déchiffrer le texte.
— Alexandrie ?
— Au large de la ville, précisa Freya. Quelque part dans les tunnels de l’ancienne bibliothèque.
L’estomac d’Antonia fit un soubresaut.
La bibliothèque d’Alexandrie ?
LA bibliothèque ?
La collection d’ouvrages la plus célèbre de l’antiquité occidentale ?
L’établissement qui a essuyé incendies, séismes et attaques barbares avant de disparaître dans des circonstances encore mystérieuses ?
— Vous savez où sont les ruines de la bibliothèque d’Alexandrie… fit-elle d’un ton qu’elle espérait neutre.
Lark haussa ses maigres épaules et pointa la carte :
— D’après le Consortium, c’est là. Pourquoi ?
Antonia se pencha un peu plus.
— Je croyais que la vieille ville reposait tout près du port, quelques mètres sous la surface. Cet endroit à l’air plus éloigné…
Lark se pencha à son tour et hocha la tête.
— Ce site est à plusieurs kilomètres de la côte, et quarante mètres de profondeur.
Ce qui expliquait pourquoi personne n’y avait encore fouillé.
— Quelques générations d’archéologues apprécieraient qu’on leur partage cette information, murmura Antonia.
Freya intervint.
— Notre contrat comporte une clause de confidentialité…
Antonia hocha la tête. Elle avait signé la même clause en acceptant l’héritage de Durga.
— Ce consortium n’est pas très fair play. Que vont-ils faire avec le livre de Thot ? Le vendre aux enchères ?
Lark laissa échapper un rire bref, et Freya secoua la tête.
— Aucun des objets que nous avons récupérés pour le compte du Consortium n’a été montré au public.
— Nains, gobelins, leprechauns ? intervint Lark. L’équipage a pris les paris. Personnellement, je pense qu’il s’agit d’un dragon qui enrichit son trésor. D’autres sont convaincus que nous avons affaire à un jötnar…
Je me retrouve à travailler pour une créature mystérieuse avide de trésors perdus ?
Oh, Durga, pourquoi m’as-tu embarquée dans cette galère ?
Son regard dériva sur la carte marine.
La bibliothèque d’Alexandrie…
Prendre le commandement du Nautilus était déjà beau. Mais découvrir les restes de LA bibliothèque… ?
Antonia imaginait déjà la tête de Tibère.
Elle étudia un peu plus la carte, sans rien apprendre de plus. Elle savait déchiffrer un relevé de fouilles, mais les fonds marins lui étaient étrangers.
— Pourquoi ? demanda-t-elle enfin.
Elle releva la tête pour découvrir les regards interrogateurs des deux sous-marinières.
— Pourquoi… quoi ? répondit Freya.
— Pourquoi ce livre précisément ? Pourquoi là ? Pourquoi maintenant ?
— Le Consortium ne justifie jamais les missions, fit Freya. Du moins, pas à nous.
— Ils sont riches et ils doivent avoir une belle collection d’objets magiques, ajouta Lark.
— Magiques ? Tous ?
Les deux sous-marinières échangèrent un regard avant de hocher la tête.
Nains, gobelins ou leprechauns…
Antonia repassa les hypothèses en revue.
Elle inspira, luttant contre l’angoisse qui lui enserrait la gorge.
— Capitaine ? reprit Freya. Pouvons-nous plonger ?
Le regard d’Antonia se porta sur la baie vitrée et les vagues qui y clapotaient. Au sud de la Cornouailles, la mer était grise et froide. Puis ses yeux retournèrent au bleu profond de la carte marine.
La bibliothèque d’Alexandrie…
En prenant la suite de Durga, elle s’était engagée à poursuivre la collaboration du Nautilus avec ses clients — au premier rang desquels se plaçait le mystérieux consortium.
L’idée d’enrichir un dragon ou un jötnar ne l’enchantait pas outre mesure.
Mais la bibliothèque la plus célèbre du monde occidental… LE mythe…
Elle hocha la tête.
— Cap sur Alexandrie !